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Call of Duty : pourquoi Activision préfère le shadow ban

Call of Duty : pourquoi Activision préfère le shadow ban

Pourquoi Activision se contente-t-il parfois de mettre un joueur suspect dans une bulle à part plutôt que de le bannir direct ? C’est la question qu’on se pose tous depuis des années face au shadow banning, cette pratique qui consiste à isoler un compte suspect dans du matchmaking limité sans le bannir formellement. David Andrews, senior director of game security pour Call of Duty, a enfin donné des explications claires sur le sujet et sur le fonctionnement de Ricochet, le système anti-triche maison.

Sa réponse tient en une idée simple : se laisser une marge de manœuvre avant de trancher définitivement.

Nous avons un matchmaking limité dans lequel nous plaçons un compte suspect pour l’isoler pendant que d’autres vérifications tournent, ou que nous attendons d’autres données. C’est une sorte de mesure provisoire pour le retirer immédiatement sans que ce soit permanent, sans créer d’impact irréversible sur ce compte et ce joueur. Ça nous donne de l’air pour comprendre ce qui se passe vraiment, avant de le remettre dans la population de joueurs si c’était finalement une fausse alerte.

– David Andrews

Le matchmaking limité ne sert pas qu’à gagner du temps sur l’enquête. Il fait aussi office d’outil de réhabilitation pour certains joueurs.

Nous avons aussi fait de la réhabilitation via le matchmaking limité, en disant en gros : tu ne peux pas continuer ce comportement, et tu pourras revenir si tu arrêtes. Nous avons pas mal de moyens de sanction. Il y a le matchmaking limité, les bans en ranked, les bans de remote play, les suspensions temporaires et permanentes, et les bans matériels. On peut faire plein de choses, et à chaque fois qu’on a affaire à un style ou un type de triche particulier, on évalue laquelle de ces options fait sens pour ce groupe de tricheurs.

– David Andrews

En clair, Activision dispose d’un véritable arsenal gradué : matchmaking limité, bans en ranked, bans du remote play, suspensions temporaires ou permanentes, et jusqu’au ban matériel. Un accident récent illustre bien pourquoi la prudence est de mise avant de dégainer la sanction ultime : lors de la bêta de Modern Warfare 4, un ancien joueur professionnel s’est retrouvé banni par erreur. L’équipe communication de Call of Duty a rapidement corrigé le tir et reconnu le couac.

Le contexte n’aide pas à relâcher la pression. Call of Duty traîne une réputation tenace sur la triche, en particulier sur Warzone, son battle royale gratuit. Activision a d’ailleurs poursuivi en justice des créateurs de cheats par le passé, et Infinity Ward teste actuellement l’implémentation de Ricochet pour Modern Warfare 4, attendu le mois prochain.

Un vétéran passé par GTA Online avant Call of Duty

Avant de débarquer chez Activision l’année dernière, David Andrews n’était pas un inconnu du milieu de la sécurité. Ancien contractor pour le Department of Defense et membre de l’Air Force, il a rejoint Rockstar Games pour s’attaquer à la triche dans Grand Theft Auto Online, avant de travailler également sur Red Dead Online.

Il raconte que la nature de la triche change radicalement d’un jeu à l’autre.

Le gameplay de GTA Online est très différent, tout comme celui de Red Dead Online, et c’est là que les créateurs de cheats vont chercher leurs raccourcis. Sur GTA et Red Dead, c’était beaucoup plus une question de progression économique dans le monde du jeu. On a eu des soucis avec les money drop lobbies à l’époque, qu’on a fini par corriger. La nature de la triche y est différente. Mais en termes d’impact et de perturbation pour les joueurs, c’est très similaire.

– David Andrews

Une différence structurelle explique en partie ces problèmes spécifiques à GTA Online : le jeu tourne sur des sessions en ligne persistantes, contrairement aux lobbies qui se renouvellent en permanence sur Call of Duty.

Call of Duty : pourquoi Activision préfère le shadow ban

Une industrie multi-milliardaire, et des tricheurs recrutés par Activision

Andrews rappelle que la triche dans les jeux vidéo est devenue une industrie qui pèse plusieurs milliards de dollars. Les développeurs de cheats ne se limitent d’ailleurs presque jamais à un seul titre : ils touchent aussi bien à Call of Duty qu’à Fortnite ou Valorant.

Il y a énormément de recoupements dans l’industrie. C’est un problème qui touche tout le secteur. Peu importe à quel point vous êtes avancés ou quelle approche vous adoptez pour un jeu, des tricheurs vont toujours réussir à passer.

– David Andrews

Le plus surprenant vient peut-être de la stratégie de recrutement d’Activision. L’éditeur a embauché certains créateurs de cheats pour retourner leur savoir-faire contre la triche. Selon Andrews, l’argent n’est pas toujours la motivation principale de ces développeurs.

L’argent est clairement une motivation énorme pour beaucoup d’entre eux, mais il y a aussi toute une frange de développeurs de cheats, ou de personnes proches de ce milieu, qui font ça par amour du jeu. Ils adorent vraiment ce titre, ils ont un esprit technique et veulent comprendre comment le jeu fonctionne.

– David Andrews

Ces profils apportent, selon lui, une expertise unique et un point de vue particulier une fois intégrés à l’équipe de sécurité. Une manière de transformer une partie du problème en solution, dans une guerre contre la triche qui, de l’aveu même du responsable, ne connaîtra jamais de victoire totale.

À lire aussi : Activision remet une mise en demeure à un développeur de cheats Call of Duty

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