Les fans de shooters tactiques ont un nouveau terrain de jeu à surveiller de très près. Avec PUBG Blindspot, Krafton tente un pari risqué mais excitant : transformer l’ADN de Rainbow Six Siege en vue isométrique, casser les codes des FPS classiques et proposer un titre pensé, dès ses premiers pas, pour la compétition structurée. Reste une question qui brûle les lèvres des joueurs comme des organisateurs de tournois : est ce que ce jeu a vraiment le potentiel pour s’installer dans la scène esport déjà ultra saturée ?
Un tactical shooter vu d’en haut
Disponible en accès anticipé sur PC et entièrement free to play, PUBG Blindspot repose sur une base ultra lisible pour les amoureux de FPS compétitifs : des affrontements 5v5 en manches, avec une équipe en attaque et l’autre en défense qui alternent les rôles. Objectif : prendre ou tenir des sites et armer une bombe, dans un style qui rappellera immédiatement les standards du genre.
Là où Blindspot se distingue, c’est par sa vue isométrique. La caméra est placée suffisamment haut pour offrir une lecture globale de la carte, bien plus large qu’un TPS classique. Les maps sont construites comme des labyrinthes de pièces et de couloirs, avec cette sensation de densité tactique qui évoque les environnements les plus complexes des jeux à la Rainbow Six.
Autre particularité forte : les toits translucides. Toutes les pièces disposent d’un plafond transparent permettant de suivre l’action de dessus sans perdre la structure de l’environnement. Ce choix de design pousse Krafton à repenser intégralement la manière dont on contrôle l’espace, dont on prend l’information, et dont on surprend l’adversaire.
Un jeu basé sur l’information et les angles morts
Le cœur du gameplay repose sur un système de vision aussi simple à comprendre que profond à exploiter. Quand un joueur met en joue avec son arme principale, un cône lumineux apparaît devant son personnage. Cette zone représente le champ de vision effectif : tout ennemi qui entre dans ce cône est immédiatement révélé sur la carte.
Cerise sur le gâteau, cette information est partagée avec toute l’équipe. Même si vous ne voyez pas directement un adversaire sur votre écran, il peut apparaître grâce au cône de vision de votre coéquipier posté de l’autre côté de la map. Résultat : rotations, timings de push, fakes et prises de zones se construisent autour de cette économie d’information.
Le nom Blindspot n’est pas anodin. La clé, c’est de rester perpétuellement dans l’angle mort de l’adversaire, de jouer avec les zones non révélées, de tendre des embuscades sur les lignes que l’équipe ennemie pense sécurisées. Plus que la pure mécanique de tir, c’est la science du déplacement, de l’anticipation et de la coordi qui fait la différence.
Pour un vétéran de FPS tactiques, l’adaptation à la caméra et au rythme des échanges de tirs se fait assez vite. En revanche, on comprend dès les premières parties que la <strong courbe de progression est extrêmement raide. Maîtriser les lignes de vision partagées, les trajectoires sûres, les timings de peek et les synchros d’équipe demande un investissement conséquent, exactement ce que recherchent les joueurs compétitifs.
Un format court mais intense
Une rencontre sur PUBG Blindspot se joue en maximum sept manches. La première équipe à atteindre quatre points remporte la partie, ce qui donne un format nerveux, parfait pour la compétition et la diffusion en ligne. Après trois manches, les équipes inversent leurs rôles (attaque/défense) et changent d’agent, ce qui évite les setups figés et force les joueurs à maîtriser plusieurs styles.
Le roster d’agents est structuré à la manière d’un hero shooter : chaque personnage arrive avec son arme principale dédiée et une capacité spécifique. Certains sont strictement réservés à l’attaque ou à la défense, d’autres sont plus flexibles. Apex, par exemple, est un attaquant pur : fusil d’assaut et grenade qui zone une zone en infligeant des dégâts progressifs, idéal pour déloger un anchor ou empêcher un désamorçage.
À l’inverse, Patch peut être joué des deux côtés. Armé d’un autre type de fusil d’assaut, il dispose surtout d’une grenade qui crée un mur de mousse, parfait pour bloquer une ligne de vue, retarder un push ou protéger un plant. Les armes sont fixes par agent, comme dans R6 Siege : elles se distinguent par leur portée, leur cadence et leur pattern de recul, ce qui impose de choisir son perso en fonction de son rôle et de son confort de tir.
À cela s’ajoute une panoplie de gadgets universels. En défense, barbelés, boucliers déployables et autres outils de contrôle de zone complètent les kits. En attaque, les joueurs piochent parmi plusieurs types de grenades : fragmentation pour le burst, fumigènes pour les exécutions coordonnées, et stun pour forcer l’engagement. Sur le papier, tout est là pour encourager les strats préparées et les variantes de rounds.
Un équilibrage encore en rodage
Le jeu n’est, pour l’instant, qu’en accès anticipé, et cela se ressent clairement du côté du balancing. Certains agents sont déjà identifiés comme des must pick, quand d’autres peinent à justifier leur place dans une compo.
L’exemple le plus marquant reste l’agent Whistle, dont le gadget Blue Chip Tracker semble, à ce stade, complètement déséquilibré. La quantité d’informations qu’il fournit dépasse largement ce que les autres agents sont capables d’apporter. À l’opposé, Clarice et son détecteur de mouvement souffrent d’un manque de valeur ajoutée : le capteur ne donne pas assez de data exploitable pour concurrencer les autres options disponibles.
Ces déséquilibres ne sont pas surprenants pour un jeu en chantier, mais ils seront déterminants pour l’avenir compétitif du titre. Un meta trop figé, avec quelques agents dominants et des pick rates ridiculement bas pour le reste du roster, tuerait rapidement l’intérêt stratégique pour les équipes comme pour les spectateurs.
Un potentiel esport, mais un énorme défi à relever
Malgré ses défauts de jeunesse, PUBG Blindspot a de sérieux arguments pour parler au public des FPS tactiques. Le rythme des manches est maîtrisé, le jeu récompense la réflexion et la coordination, et le système de vision partagée offre une couche stratégique très différente de ce que proposent CS2 ou VALORANT.
La grande inconnue reste la même que pour tous les nouveaux jeux live service : la rétention sur le long terme. Les idées novatrices et le remix d’éléments déjà existants suffiront ils à maintenir une base de joueurs solide quand la concurrence, elle, ne faiblit pas ? L’historique du marché montre que même les bons concepts peuvent disparaître si le suivi n’est pas à la hauteur.
Krafton possède toutefois des armes que beaucoup de nouveaux venus n’ont pas : une licence PUBG installée, une présence mondiale déjà structurée et une communauté fidèle. Il ne fait aucun doute que Blindspot profitera d’un gros push marketing, d’intégrations croisées et de synergies avec l’écosystème existant.

Sur le plan purement spectateur, Blindspot a un profil particulier. La vue isométrique permet aux viewers de saisir en un coup d’œil les positions, les lignes de vue, les rotations et les pièges mis en place, ce qui en fait un produit de diffusion potentiellement très lisible. En revanche, on perd la dimension viscérale de la POV FPS classique, cette immersion dans les duels qui fait vibrer sur CS2 ou VALORANT.
Là où le jeu peut se démarquer, c’est dans sa manière d’exprimer la skill. Les mécaniques de tir restent importantes, mais la différence se fait surtout sur la compréhension macro : gestion des angles morts, manipulations de l’information, déplacements synchronisés, prise de décision collective. Blindspot valorise davantage le cerveau que le flick.
Pour l’instant, la réalité chiffrée reste modeste : au lancement de l’accès anticipé, SteamDB a enregistré un pic d’un peu plus de 3 000 joueurs simultanés. C’est encore faible pour un prétendant à la scène esport, mais tout dépendra de la capacité de Krafton à ajuster l’équilibrage, enrichir le contenu et structurer un circuit compétitif crédible.
Si le studio tient la distance, PUBG Blindspot pourrait devenir une alternative sérieuse pour les équipes en quête d’un shooter tactique différent, plus cérébral et plus lisible, tout en restant suffisamment explosif pour accrocher le public. La balle est désormais dans le camp de Krafton… et des joueurs.

