On est en plein âge d’or du bashing gratuit, et le moindre trailer qui ne colle pas pile à ce que la commu veut se fait défoncer avant même d’avoir une date de sortie en tête. Le problème, c’est que cette mentalité finit par flinguer des jeux qui n’ont même pas encore eu le temps de montrer ce qu’ils ont dans le ventre. Et Highguard, le nouveau shooter compétitif des anciens de Titanfall et Apex, est en train d’en faire les frais en live.
Révélé en clôture des Game Awards 2025, Highguard a débarqué avec un pitch assez chelou sur le papier : un « raid shooter PvP » mélange de fantasy et de SF, avec des persos armés de SMG qui cavaleront à cheval, des lances magiques qui transpercent les ennemis cloués au sol, et un gros slogan qui annonce « une nouvelle race de shooter ». Sur le papier, ça sort des sentiers battus, mais sur le net, ça a surtout déclenché une pluie de thumbnails en mode « ce jeu est déjà mort ».
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Une commu prête à enterrer un jeu avant même le spawn
Fais le test : tu tapes Highguard sur YouTube, tu tombes sur une avalanche de vidéos qui parlent de jeu « cuit », « pire que prévu », « condamné »… alors qu’on a littéralement vu un trailer et quelques screens. Pas de gameplay détaillé, pas de retours de bêta, rien. Juste une première impression, transformée en verdict définitif.
Qu’on aime ou pas le style visuel, ok. Qu’on soit gavé de héros-shooters, ok aussi. Mais là, on a l’impression que beaucoup veulent que chaque nouveau projet live-service se plante, juste pour pouvoir dire « on vous l’avait bien dit ». C’est le combo parfait pour les algos de la rage : plus tu démontes un jeu, plus ça clique, plus ça tourne. Sauf qu’à force de vouloir des catastrophes, on flingue aussi des projets qui auraient peut être pu surprendre.
Et surtout, on oublie un truc basique : plus il y a de bons jeux qui fonctionnent, plus tout le monde en profite. Même si ce n’est pas ton genre, même si tu n’y joueras jamais, un shooter compétitif qui marche, c’est des devs qui gardent leur taf, des studios qui osent tenter des trucs, et une scène multi qui reste vivante.
Un marketing fantôme qui n’aide clairement pas
Là où la situation devient bizarre, c’est que le silence autour de Highguard donne encore plus de munitions aux haters. La chaîne YouTube officielle du jeu n’a pour l’instant qu’un seul teaser en ligne, et très peu d’abonnés pour un titre qui a eu le spot final du plus gros show de l’année. Côté X, même délire : quelques milliers de followers, un tweet d’annonce, et puis plus rien.
Résultat : aucune info solide sur les héros, les capacités, les maps, les modes ou même la définition exacte de ce fameux « raid shooter ». Ce n’est pas un genre reconnu comme un « battle royale » ou un « extraction shooter », donc forcément, le flou nourrit la méfiance. Le jeu est peut être loin d’être mauvais, mais son marketing, lui, ressemble pour l’instant à un reload raté.
On peut imaginer que l’équipe tente un nouveau coup à la Apex, avec un reveal massif proche de la sortie pour créer la surprise totale. Et sur le papier, difficile de dire que l’équipe est inexpérimentée : à la tête du projet, on retrouve Chad Grenier, qui a bossé sur les deux premiers Modern Warfare, les deux Titanfall et Apex Legends, entouré d’autres vétérans du FPS. Ça ne garantit rien, mais c’est loin d’être un line up random.
Le verdict avant le match, une habitude toxique
Ce qui dérange le plus dans la manière dont Highguard est accueilli, ce n’est pas le scepticisme, c’est la certitude. Pour une partie de la commu, le jeu est déjà un flop assuré, un « Concord-like » voué à disparaître en quelques mois, peu importe ce qui sera présenté d’ici là.
Tu as totalement le droit de dire que l’action montrée ne te parle pas, que l’hero shooter saturé de compétences flashy n’est plus pour toi, ou que tu préfères les expériences solo. Mais quand on voit des gens enterrer un projet entier sur moins de deux minutes de trailer, on n’est plus dans la critique, on est dans le préjugé pur.
Et c’est là que ça devient hypocrite : les mêmes qui se réjouissent d’un potentiel nouveau « échec » seront souvent ceux qui, dans la foulée, vont déplorer les licenciements massifs, les fermetures de studios et la frilosité des éditeurs. On ne peut pas exiger que l’industrie prenne des risques tout en tirant au lance roquettes sur chaque tentative dès qu’elle se montre.
Bungie, Marathon et la deuxième chance
Si on élargit un peu le cadre, on voit un autre exemple qui cristallise ce problème : Marathon, attendu pour mars 2026. Entre des bêta froidement accueillies et des accusations de plagiat, Bungie a pris cher, et une partie des joueurs a déjà classé le jeu dans la catégorie « échec annoncé ».
Pourtant, le studio a mis le frein sur la comm, repris le chantier et bossé avec sa communauté pour revoir de nombreux éléments du jeu. On n’a pas encore la garantie que le résultat final sera une dinguerie, surtout pour un extraction shooter qui reste un genre de niche, mais il y a au moins une chose : ils écoutent les retours et essaient d’ajuster le tir.
Et oui, malgré tout le bruit négatif autour du projet, il y a encore des joueurs qui attendent Marathon juste parce qu’ils ont confiance dans le savoir faire FPS de Bungie, comme d’autres sont prêts à laisser une chance à l’équipe derrière Highguard pour les mêmes raisons.
Arrêter de vouloir que les jeux se plantent
Personne ne peut promettre que Highguard ou Marathon deviendront les prochains hits multi dont tout le monde parlera. Peut être qu’ils seront moyens, peut être qu’ils trouveront une petite niche, peut être qu’ils exploseront tout. Mais il y a un truc qu’on contrôle, nous, joueurs : notre façon d’aborder ces projets.
On peut garder un esprit critique sans transformer chaque trailer en procès public, sans déclarer un jeu « mort » alors qu’il n’est même pas encore jouable. On peut être prudent, attendre les tests, les retours, les premières sessions de gameplay, et ensuite seulement décider si ça vaut le coup de s’y mettre ou non.
Au bout du compte, si on n’est plus capables de s’enthousiasmer un minimum pour de nouvelles expériences, même en restant lucides, on passe à côté de ce qui fait le cœur du jeu vidéo : la découverte. Les prochains gros coups du genre FPS ne viendront pas forcément d’une licence déjà installée, mais peut être d’un « nouveau breed » de shooter qu’on aura failli enterrer trop tôt.
Alors avant de tirer sur tout ce qui bouge, autant attendre au moins de pouvoir poser les mains sur la manette. Et qui sait, peut être que les fans de Highguard finiront par avoir une belle surprise.
